Lettre à ma mère.

malika zeggari benizaUn an déjà. Un an que tu nous as quittés. Papa et Riad sont allés se recueillir sur ta tombe. Moi je suis à Boston. J’aurais tant aimé être des leurs. Mais ce n’était pas possible. Alors me voilà, seul, dans mon appartement, à faire le point sur ce qui a été l’année la plus triste de ma vie. Une fois encore je veux t’écrire, te raconter tout ce qui s’est passé en un an. Mais je ne sais par où commencer. Mes pensées se bousculent. Pourtant, j’y ai longuement songé. Hier, durant le trajet qui me ramenait de New York à Boston. Ou encore ce matin, en prenant ma douche. Mais maintenant que je suis face à mon écran, les mots me manquent. Tout comme tu me manques, terriblement, douloureusement, quotidiennement.

Un an déjà, mais je ne réalise toujours pas. Pour avoir discuté avec certains amis qui ont vécu le même drame, je sais que l’on ne se fait jamais réellement à la mort d’un de ses proches, qui plus est de ses parents. Si la douleur et le manquent s’atténuent, ils sont toujours là, prêts à ressurgir au moment où l’on s’y attend le moins. Un film, une chanson, un livre, un paysage, une expression, une date anniversaire. Nombreux sont les moments qui ont ravivé cette douleur que j’en ai moi et que je sais éternelle.

Un an déjà et je n’arrive toujours pas à faire mon deuil. A chaque fois que je pense à toi et que des larmes commencent à couler sur mon visage, je me ressaisis et arrête instantanément de pleurer. Je sais pourtant que cela me ferait le plus grand bien. Mais je n’y arrive pas. Peut-être est-ce par peur de la douleur intense que je ressentirais. Peut-être, parce que cela me rappellerait à la réalité…ma réalité : un monde dans lequel tu n’es plus. Si je me laisse aller à ma peine, cela veut dire que j’accepte le fait que tu ne sois plus là. Je ne suis pas encore prêt. Est-ce que je le serai un jour ? Je ne le pense pas. Mais avec le temps, à défaut de disparaitre, peut être que ce manque deviendra supportable.

Un an déjà que je ne vois plus ton visage sur skype et que je n’entends plus le son de ta voix. Nos rendez-vous hebdomadaires me manquent. Tu sais, ceux pendant lesquels je me plaignais constamment. Que ce soit parce que vous m’appeliez directement alors que je vous ai répété maintes fois de me contacter sur whatsapp au préalable pour être sur que je sois disponible. Ou lorsque tu me demandais si je me faisais bien à manger, comment je me faisais à manger. Bien entendu, je ne me plaignais pas vraiment. C’était notre rituel. Un rituel qui nous faisait rire. Tout me manque. Nos discussions sur nos lectures, sur les films que nous avions vus récemment. Voir ton visage s’illuminer des que la camera démarrait. Et bien plus encore. Mais je ne veux pas tout dévoiler. Je garde certains de ces souvenirs pour moi, pour nous. Ils nous appartiennent à jamais.

Un an déjà et une fois de plus je partage ce moment d’intimité avec mes amis internautes. Pourquoi ? Je n’en suis pas vraiment sur. Peut-être que les commentaires et les « j’aime » de cet article m’aideront à me sentir moins seul. Peut-être est-ce par narcissisme, besoin d’attention. Peut-être est-ce pour me rapprocher un peu plus de toi, connaissant ta passion pour les mots ou encore en souvenir de ces rédactions que j’écrivais tout petit, et que tu aimais tant lire. Sans doute est-ce un peu de tout ça. Je ne suis pas écrivain ou journaliste mais j’ai pris le plus grand soin dans la rédaction de cet article. J’espère que tu l’apprécieras.

Un an déjà et tu me manques toujours autant. Je sais que de là où tu es tu t’inquiètes pour moi. Sache que je vais bien. Cette année n’a pas été facile, c’est certain. Mais comme à mon habitude je travaille toujours à mon bonheur, fidèle a ma philosophie de vie : rien n’est facile, tout est possible. Je reste également fidèle à la promesse que je t’ai faite il y a un an : je continuerai de te rendre fière.

Ton fils Mourad qui t’aime et à qui tu manques terriblement.